Démocratiser
Démocratisation. La mise en place de la réforme LMD depuis la rentrée 2003 s’est accompagnée de reculs importants pour les étudiants, alors que les avancées promises ne se sont pas concrétisées. Ainsi, les formations sont aujourd’hui toujours plus sélectives, avec la suppression de la compensation annuelle dans la moitié des universités ou l’introduction de notes éliminatoires. Les formations de chaque université sont cloisonnées, et ces dernières sont désormais libres d’inscrire ou non un étudiant venant d’une autre université. Enfin, le débat sur la sélection à l’entrée du master est un danger, et de nombreuses universités pratiquent déjà cette sélection.
Une priorité : lutter contre la sélection et l’échec en Licence
L’échec en licence, qui touche près de 40% des étudiants, et aboutit bien souvent à effectuer un tri social, peut être réduit par une politique volontariste. Pour cela il faut investir massivement dans les premiers cycles universitaires et révolutionner les modes de transmission des savoirs. Mais il faut aussi augmenter le nombre d’étudiants qui accèdent à l’enseignement supérieur, et se donner comme objectif de passer à 50% d’une classe d’âge diplômée au niveau licence (contre 27% aujourd’hui). Cette logique de massification ne peut s’accommoder de la sélection. Ainsi, nous pensons qu’il est urgent de supprimer la sélection en master, mais aussi de réglementer nationalement le LMD pour garantir des passerelles entre formations sur l’ensemble du territoire. En effet, derrière la sélection pédagogique ou scolaire se cache souvent une importante sélection sociale, comme le prouve par exemple le tri opéré à l’entrée des grandes écoles ou des études de médecine. Par ailleurs, la sélection est absurde pédagogiquement puisqu’elle consiste à évaluer un étudiant avant qu’il ait été formé, et amène souvent à ce que l’exigence soit moindre à la fin de la formation. Enfin, cette pratique limite le nombre de jeunes diplômés, contrairement aux besoins de notre société et de notre économie.
Un cadrage national du LMD pour lutter contre la sélection
Dans la continuité de la bataille que nous avons menée depuis 2002, nous exigerons que les arrêtés Licence et Master, qui définissent actuellement le LMD, soient remis à plat pour garantir :
• Des intitulés de diplômes nationaux : aujourd’hui, chaque université est libre de donner le nom qu’elle souhaite à ses diplômes, ce qui conduit à une offfre de formation illisible et limite la mobilité des étudiants sur le territoire.
• Un cadrage du contenu des diplômes : pour chaque diplôme, des fourchettes de volumes horaires par matière doivent être fixées nationalement pour garantir la cohérence des diplômes.
• Une réglementation nationale des modalités de contrôle de connaissance : le LMD a été l’occasion d’une remise en cause des droits étudiants, et près de la moitié des universités en ont profité pour supprimer la compensation annuelle par exemple. Cette réglementation devra ainsi garantir la compensation annuelle sans note éliminatoire, l’anonymat des copies…
• Un cadrage national du calendrier universitaire : les calendriers universitaires sont désormais très différents d’une université à l’autre, avec soit une seconde session en septembre, soit une session en juin, soit des secondes sessions semestrielles en janvier et en juin. Une harmonisation des calendriers, garantissant un délai important entre la première et la seconde session, est indispensable pour faciliter la mobilité entre universités.
• La suppression de la sélection à l’entrée du master et le doublement du nombre de masters, notamment professionnels.
• Une carte nationale des passerelles et des équivalences précisant les accès de plein droit.
Révolutionner les modes de transmission des savoirs
Les modes de transmission des savoirs doivent être profondément revus pour permettre l’interactivité et l’individualisation de l’enseignement. L’enseignement supérieur doit permettre à l’étudiant de construire son autonomie et de développer son esprit critique, avec une transition progressive d’avec les méthodes de l’enseignement secondaire.
• Multiplication des cours en petits groupes (TP/TD), limitation à 25 par TD.
• Une évaluation qui valorise l’esprit critique et l’autonomie plus que la capacité à réciter un cours : développement des oraux, des projets pluridisciplinaires, des travaux de recherche personnels et collectifs…
• Adoption d’une nouvelle circulaire nationale des examens avec la garantie d’une semaine blanche avant chaque session d’examens, de sessions balais, d’acceptation des retards de moins d’une heure, de droit à la double correction et à un appel des décisions du jury…
• Les examens font partie de la formation et doivent être des outils pour progresser : systématisation des séances de rendu de copies et de corrigé après les examens, gratuité des polys et annales qui doivent être mis en ligne.
• Accompagnement spécifique pour les étudiants salariés et engagés (sportifs, élus étudiants…) : soutien individuel, aménagements horaires, cours en ligne…
• Cours de remise à niveaux en français pour les étudiants étrangers.
Une orientation progressive et maîtrisée
• La création d’un service public d’orientation, afin de permettre un accompagnement cohérent de la 3ème jusqu’à l’enseignement supérieur. Les effectifs de conseillers d’orientation devront évidemment être revus à la hausse pour permettre un suivi individualisé.
• Une réelle pluridisciplinarité : la première année à l’Université doit permettre la découverte de champs disciplinaires larges afin de pallier les effets d’une mauvaise orientation après le bac, l’acquisition d’une culture générale et la maîtrise d’au moins une langue étrangère. La poursuite d’études doit toujours être possible.
• Les journées de présentation de l’enseignement supérieur aux lycéens de terminale doivent être systématisées, avec participation d’étudiants et de profs d’universités, présentation des filières…L’information sur les filières et leurs débouchés doit être renforcée, et chaque lycéen doit avoir droit à un rendez vous avec un conseiller d’orientation en fin de terminale pour l’aider à construire ses vœux.
• Chaque étudiant doit avoir un tuteur enseignant qui fasse le point au minimum 3 fois dans l’année sur son projet personnel et professionnel (à la rentrée, la fin du 1er semestre et du 2nd semestre).
• Des stages de remise à niveau doivent être proposés en septembre, notamment aux bacheliers pro et techno.
Des enseignants impliqués dans la réussite des enseignants
L’université est synonyme d’autonomie, mais pour nous, l’autonomie ne doit pas s’apparenter, comme aujourd’hui, à l’absence totale de suivi et d’encadrement !
• Formation initiale et continue à la pédagogie obligatoire pour les enseignants et les tuteurs, assurée par les IUFM.
• Les équipes pédagogiques doivent être effectives partout et les enseignants d’un même diplôme doivent se voir au moins 3 fois dans l’année pour échanger sur la promotion, leurs exigences respectives et élaborer un projet pédagogique commun.
• Prise en compte des activités pédagogiques (suivi de stage, direction de mémoire…) dans la rémunération et la carrière des enseignants.
Rendre les étudiants acteurs de leur formation
Une des façons de garantir la pertinence de la formation, et d’impliquer et de responsabiliser les étudiants, c’est de les associer à la définition du contenu de la formation.
• Systématisation de l’évaluation des enseignements, dont le résultat doit être présenté chaque année en conseil d’UFR et en CEVU pour permettre de faire les ajustements nécessaires.
• Les représentants étudiants doivent être associés à toutes les étapes de l’élaboration des maquettes de diplômes, et doivent faire partie des conseils de département.
• Les étudiants doivent être représentés dans les jurys d’examens.
• Des référendums étudiants à caractère décisionnel doivent pouvoir être organisés en cas de réforme du calendrier universitaire par exemple.