Grandes écoles : avancer vers plus dégalité
Grandes écoles. La démocratisation de l’Enseignement supérieur passe à l’évidence par une action en direction des Grandes Ecoles, actuellement marquées par de fortes inégalités d’accès.
Grandes écoles : avancer vers plus d’égalité
49% des étudiants en Grandes Ecoles sont aujourd’hui des enfants de cadres ou d’enseignants, contre 17% d’enfants d’ouvriers et d’employés, et ces chiffres ne vont pas en s’améliorant. Les Grandes Écoles, de par leur histoire, jouent donc un rôle particulier dans la reproduction des élites françaises.
De nombreuses pistes pour lutter contre cette inégalité manifeste doivent être explorées et fait l’objet de la majeure partie de nos propositions. L’éclatement qui caractérise la carte des formations délivrées par les Grandes Ecoles est un facteur majeur de l’inégalité entre étudiants. Pour des raisons historiques, les Grandes Ecoles, qui accueillent aujourd’hui environ 10% des étudiants, se sont développées comme un compartiment à part. S’il faut leur reconnaître un rôle de formation des étudiants à des métiers très spécifiques, il est temps d’intégrer les Grandes Ecoles à une architecture d’ensemble de l’enseignement supérieur qui tienne compte des évolutions de celui-ci depuis trente ans, et en particulier de la réforme LMD. Il s’agit par là de rendre lisible la formation délivrée par ces écoles au niveau international, de permettre aux étudiants de diversifier leur parcours, mais aussi de démocratiser l’accès aux formations professionnalisantes de haut niveau.
A ces fins il est nécessaire de rompre avec les particularismes qui caractérisent les différentes écoles en termes de statut des étudiants, de modalité de recrutement, de scolarité, qui sont autant de facteurs d’inégalité entre les étudiants. En particulier il nous parait indispensable de réunir l’ensemble des Grands Etablissements sous la tutelle du Ministère de l’Education Nationale.
Nous sommes favorables à une coopération accrue entre les Ecoles délivrant des formations proches pour favoriser une mutualisation des moyens pédagogiques et scientifiques (mise en place d’une fédération des Instituts d’Etudes Politiques par exemple). De la même manière nous souhaitons agir pour un partenariat accru entre les Ecoles et les Universités pour rompre avec la pratique d’un enseignement supérieur bipolaire, les deux sphères s’ignorant l’une et l’autre. Il faut s’attaquer avec force aux inégalités criantes de financement entre les établissements d’enseignement supérieur.
Enfin, les droits étudiants concernant les examens et la démocratie étudiante doivent s’appliquer dans les écoles au même titre que dans les universités.
Nos propositions concernant les Grandes Ecoles
1) Démocratiser le recrutement
• Diffuser largement vers les lycées et les universités la carte des formations dispensées par les écoles et les cursus permettant d’intégrer ces établissements afin de remédier à l’inégalité des étudiants face à l’information.
• Démocratiser l’accès aux classes préparatoires et les intégrer aux universités.
• Harmoniser les procédures de recrutement pour l’ensemble des Ecoles publiques d’enseignement supérieur.
• Développer les concours communs pour les écoles dispensant des formations proches pour limiter les frais d’inscription aux concours et éviter aux étudiants de passer une kyrielle de concours similaires offrant un nombre très restreint de places.
• Développer les passerelles et généraliser les équivalences entre les formations.
• Limiter les frais de scolarité pour empêcher une sélection financière des étudiants.
• Maintenir, au moins provisoirement, la reconnaissance des niveaux de diplôme bac+2 et bac +4, qui restent les principaux niveaux de recrutement des écoles, tout en promouvant la mise en place des grades Licence et Master, unique moyen de favoriser les passerelles vers d’autres formations.
2) Faire converger l’enseignement supérieur en intégrant les écoles dans une architecture d’ensemble
• Rapprocher les écoles dispensant des formations proches pour une offre de formation plus large pour les étudiants et plus lisible vis-à-vis de l’extérieur.
• Développer l’adossement des formations en écoles à la recherche et systématiser la formation par la recherche.
• Développer les partenariats entre écoles et universités pour mutualiser les moyens pédagogiques (ouverture de certains cours d’université aux étudiants d’écoles, et réciproquement) et techniques et organiser la coopération dans les travaux de recherche.
• Favoriser les co-habilitations de diplômes entre les écoles et les universités.
3) Développer les droits étudiants au sein des écoles
• Réglementation des droits des étudiants en école par une charte définissant :
-la généralisation des sessions de rattrapage
-l’anonymat des copies
-le droit à la consultation des copies et à la double correction en cas de litige
-Un droit au redoublement
-La possibilité de capitaliser les notes en cas de redoublement
• Généralisation de Conseils des Etudes et de la vie étudiante pour participer aux décisions concernant le quotidien des étudiants : la scolarité, la pédagogie…
• Rééquilibrer le nombre d’étudiants dans ces conseils et leur donner les moyens d’exercer leurs missions (locaux, subventions…).
4) Sortir les stagiaires de la précarité
Le stage est un moment incontournable de la formation en école, pourtant, rien n’existe ou presque pour protéger les stagiaires, et ce n’est pas la charte des stages lancée par le ministère, sans contenu ni valeur contraignante, qui mettra fin aux trop nombreux abus. Les élus « UNEF et associations étudiantes » ont élaboré avec le collectif de stagiaires « Génération Précaire » un projet de réglementation autour de 4 axes :
• Un statut pour les stagiaires qui garantisse l’application du droit du travail, en termes de durée légale du temps de travail, de congés, de recours aux prud’hommes…
• Une garantie d’encadrement pédagogique dans l’entreprise et dans l’université
• Une rémunération de 50% du SMIC dès le premier mois, augmentant ensuite en fonction du niveau de qualification et de la durée du stage (+10% par mois de stage).
• Des mesures pour empêcher le remplacement de salariés par des stagiaires : la limitation du stage en durée, l’interdiction des stages hors cursus pédagogique, la fixation de quotas de stagiaires par entreprise…